vendredi, 19 juillet, 2024
Champion du monde de théâtre, Yannick Kablan livre des recettes 

Enseignant d’art dramatique à l’INSAAC, enseignant de théâtre au Collège ivoiro-canadien d’intégration (CIVCIN), metteur en scène, directeur d’acteur, Yannick Kablan revenu récemment du Canada où sa troupe a raflé le prix de de la meilleure production au niveau du secondaire lors de la 54ème édition du Festival du théâtre jeunesse (FTJ) qui s’est tenue du 06 au 10 mai 2024 dans la province de Manitoba au Canada, s’est confié à IvoireCulture.ci. Il nous dit tout dans cette interview sur ce sacre de champion du monde de théâtre remporté au Canda avec sa troupe d’adolescents et ses recettes pour la compétitivité du théâtre ivoirien 

 

Enseignant de théâtre au Collège ivoiro-canadien d’intégration (CIVCIN), vous étiez récemment au Canada où vous aviez remporté un important trophée lors de la 54ème édition du Festival du théâtre jeunesse (FTJ) qui s’est déroulée du 06 au 10 mai 2024 dans la province de Manitoba au Canada…

C’est un festival international organisé par le Canada et regroupant les écoles qui font du théâtre. C’est un festival jeunesse organisé par le Cercle Molière du Canada (CMT) auquel participent toutes les troupes internationales en s’affrontant sur pièces de théâtre. Nous y avons représenté la Côte d’Ivoire. Le Collège ivoiro-canadien d’intégration est la seule école accréditée en Côte d’Ivoire à participer à ce festival. Tout naturellement donc, nous avons représenté notre pays à ce festival.

 

Pour la 3ème participation de votre collège a ce rendez-vous international, vous avez remporté pour la toute première fois le Graal. Qu’est-ce qui selon vous vous a permis de remporter un trophée aussi prestigieux faisant de vous le champion du monde de théâtre ?

Ce qui a d’abord joué en notre faveur, c’est le jeu d’acteur. Les enfants ont su également jouer les différents personnages à incarner. Notre pièce repose reposait sur la thématique de la vengeance. Nous avons traversé en Côte d’Ivoire une crise qui a marqué ces enfants-là avec son lot de difficultés. Notre avantage a été que malheureusement ou heureusement que ces pays-là ne connaissent plus les coups d’Etat. Nos enfants ayant donc vécu ces moments-là tout en mettant un accent sur la nécessité de la réconciliation et de l’amour qu’ils ont rendu la pièce très vivante. Toute chose qui a touché et séduit par les émotions que les enfants ont transmis sur la scène à la fois le public que le jury.

 

Aviez-vous bénéficié des soutiens des structures étatiques à l’instar du ministère de la Culture et de la Francophonie et bien d’autres ?

Honnêtement, nous sommes partis avec nos propres moyens. L’école s’était organisée avec l’ambassade du Canada en Côte d’Ivoire pour pouvoir faciliter les billets d’avion et des visas du personnel, des enfants et des encadreurs. Pour dire vrai, à ma connaissance, nous n’avons pas eu le soutien d’un quelconque ministère. Par ailleurs, de quelque manière, nous avons eu le soutien de l’INSAAC qui m’a accordé la permission d’aller au Canada puisqu’enseignant dans cet Institut. Cette permission donc de mon école est déjà un grand soutien quoiqu’il ne soit pas financier. Nous avons risqué et tout s’est bien passé. A notre retour à Abidjan, nous avons présenté le trophée aux différentes autorités du pays.

 

Après ce trophée de champion du monde de théâtre obtenu en qualité d’encadreur, quels sont vos challenges futurs ?

Mon challenge quotidien est de continuer a toujours gravir des échelons. Pour moi, c’est maintenant que la pression monte et qu’il faut davantage faire plus. A travers ce trophée également, je souhaite qu’il ouvre la porte à d’autres enseignants d’art puissent monter de vrais spectacles et aient la chance de participer à de tels festivals. En plus de ce festival, il y a un autre festival qui est organisé dans une autre province au Québec où on pratique encore plus de théâtre. D’ailleurs, ces festivals souhaitent une participation massive de francophones. Malheureusement, les promoteurs de ces festivals sont surpris de constater peu d’engouement des francophones. Je puis vous dire que les troupes africaines sont beaucoup demandées dans ces festivals.

 

Avec votre expérience, quelles sont vos recettes pour attirer plus d’enseignants d’art et de comédiens dans la survie du théâtre en Côte d’Ivoire surtout que cette discipline est de moins en moins pratiquée ?

D’abord, que les comédiens aillent vers le public. Voyez-vous, lorsque nous avons fini le festival, nous sommes allés dans des villages du Canada, dans des provinces très éloignées et les populations étaient très heureuses de nous recevoir. Pour dire combien la démarche d’aller vers le public est importante. Il n’y a qu’ainsi que le public pourra découvrir les talents et tout ce qui se fait de bon au théâtre. Aussi, faut-il permettre à ce que toutes les écoles en Côte d’Ivoire puissent pratiquer le théâtre. Il ne faut surtout pas attendre lors des kermesses dans les écoles pour faire du théâtre. Mieux, il faut une activité théâtrale constante dans les écoles car le théâtre a pour avantages de permettre l’affirmation de l’élève, une confiance en soi. En clair, le théâtre est à la fois didactique et thérapeutique pour l’enfant. Il faut donc une volonté politique pour hisser haut le théâtre ivoirien. Autant la musique, les arts plastiques, les lectures vivantes sont inscrits au programme scolaire autant le théâtre doit y être inscrit. Le théâtre scolaire a pratiquement disparu de nos écoles. Il n’y a donc qu’ainsi que le théâtre ivoirien pourra renaitre de ses cendres.

 

Si le théâtre ivoirien est en baisse de régime, n’est-ce pas la grande montée de l’humour qui est à l’origine ? Quel est aussi votre regard sur l’humour en Côte d’Ivoire ?

Il faut saluer l’humour ivoirien et surtout les humoristes ivoiriens qui rivalisent de talents. C’est toujours un honneur de savoir des humoristes comme Michel Gohou et bien d’autres aller représenter la Côte d’Ivoire aux Etats-Unis, en France…Toutefois, tous ces humoristes qui excellent aujourd’hui sont pour la plupart des hommes de théâtre. Pour dire que c’est toujours du théâtre que ceux-là pratiquent mais sous une autre forme. L’humour a gagné du terrain parce qu’il est efficace. Avec deux ou trois blagues qui font rigoler, on accroche tout de suite le public alors que le théâtre part toujours généralement d’une thématique assez sérieuse dont on rigole facilement. Aussi, aujourd’hui, le public veut des choses assez rapides et c’est l’une des raisons pour lesquelles des vidéos gags sur les réseaux sociaux marchent beaucoup. Au théâtre donc de se réinventer en faisant beaucoup de spectacles modulés avec des doses d’humour pour capter ce public friand de rire. Il ne faut donc pas que le théâtre se cantonne dans sa démarche classique, l’art évoluant, il faut évoluer avec le temps.

 

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