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Adama Adepoju (Président de la Fenath-Ci) : « On se trompe à vouloir opposer le Théâtre à l’humour »

A la tête de la Fédération nationale de théâtre de Côte d’Ivoire (Fenath-Ci) depuis le 27 août 2021, le président nouvellement élu s’est confié à L’Avenir.  Conteur, comédien, auteur, opérateur culturel, intervenant en Médiation culturelle et communication internationale auprès des étudiants en Master de l’Université de Nantes en France, directeur de la Compagnie Naforo-Ba, Prix d’excellence 2015 pour les Arts vivants, Adama Adepoju, plus connu sous le pseudonyme Taxi-Conteur, nous dit dans cet entretien ses ambitions et ses espoirs pour le théâtre ivoirien.  

Vous avez été élu récemment président de la Fédération nationale de théâtre de Côte d’Ivoire après plus de 20 ans sans élection dans votre organisation. Quels sont vos premiers mots ?

Il faut avant tout féliciter le comité ad’hoc avec à sa tête le président Loua Diomandé. Grâce à leur détermination, à leur passion pour le théâtre, nous avons pu organiser un congrès extraordinaire après une vingtaine d’années. Il faut aussi féliciter les artistes et les responsables de compagnies qui ont répondu massivement à l’appel du comité adhoc. Enfin, exprimer notre reconnaissance à nos aînés qui déjà en 1972 ont pensé à doter le secteur théâtral ivoirien d’un instrument fort pour fédérer les énergies afin de faire rayonner le théâtre Ivoirien.

Pourquoi vous vous êtes présenté, qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?

Je suis un homme de la scène. Je suis monté pour la première fois sur une scène de théâtre en 1974 à l’école primaire du commandement supérieur de la Gendarmerie au Plateau. Depuis cette date, je ne suis plus descendu de la scène. Pendant tout mon cursus scolaire et universitaire, j’ai fait du Théâtre. En tant que prof de Français, j’entretenais sur fonds propre, une troupe de théâtre. J’ai même démissionné de l’enseignement pour vivre de ma passion. Grâce au théâtre, j’ai développé mon talent de conteur. Je dois tout au Théâtre. Je voyage à travers le monde. J’ai beaucoup appris et j’ai noué de solides amitiés. Il était temps d’apporter ma modeste contribution à la relance du Théâtre dans mon pays car je sais la nécessité du théâtre dans le développement d’une nation.

Quelles seront vos priorités durant votre première mandature ?

Avec mon équipe, il nous importe d’installer les bases d’une modernisation de la gouvernance de la Fédération, de l’accompagnement des compagnies, de la construction de partenariats. Ce sont des actes de base qui nous permettront d’installer la Fédération et ses membres dans la durabilité.

Comment comptez-vous relancer et redynamiser le théâtre ivoirien ?

Mes pairs ont porté leur choix sur moi parce qu’ils adhèrent au projet que mon équipe et moi avons proposé. Ce projet repose sur quatre grands axes qui seront déclinés en moult activités par les compagnies membres et nous même à savoir la mise en réseau des connaissances et des expériences. Il y a aussi la modernisation de la gouvernance de la Fenath-CI : Centralisation, circulation de l’information et veille, les formations et l’éducation culturelle de la petite enfance à l’université, l’accompagnement des compagnies et démarches socio-professionnelles. En clair, il nous appartient de nous appliquer pour la mise en œuvre de ce projet.

La relance du théâtre en Côte d’Ivoire, vous y croyez ?

Je ne me serais pas présenté si je n’y croyais pas. Je ne suis pas un fanatique de la fatalité.

Quels seront vos atouts et vos forces pour refaire aimer le théâtre aux ivoiriens ?  

La mobilisation de tous les acteurs du secteur du théâtre en particulier et des arts de la scène en général, le dialogue permanent, constructif et respectueux avec notre ministère de tutelle et la mobilisation et la mise en valeur du potentiel créatif ivoirien. Et croyez-moi, des talents, il y’en a en Côte d’Ivoire.

Pensez-vous qu’il est encore d’actualité de miser sur le théâtre quand on sait que l’humour a pris le dessus ?

Je pense qu’on se trompe à vouloir opposer le Théâtre à l’humour, au conte et autres arts de la scène. Il s’agit d’une même grande famille dont les membres se nourrissent mutuellement. Je vous invite seulement à regarder autour de vous. Nos meilleurs conteurs, humoristes et autres ont une pratique théâtrale avérée. Et cela les installe dans la durabilité. Ils ne passent pas tous à la télé, mais croyez-moi, ils présentent un beau visage de la Côte d’Ivoire partout dans le monde. Les ivoiriens ne demandent qu’une chose, leur proposer des spectacles de théâtre de qualité. Et cela est possible.

Quels sont selon vous les problèmes qui freinent et gangrènent le théâtre ivoirien ?

Beaucoup de raisons peuvent être évoquées. Mais je vais plutôt nous inviter, nous comédiennes et comédiens, à revoir notre relation avec l’art que nous avons choisi. Si nous disons que c’est notre métier, alors adoptons la rigueur qui va avec. Et le reste coulera.

Pour vous, le théâtre doit-il occuper une place de choix dans la culture et l’éducation en Côte d’Ivoire ?

Absolument ! Il y a beaucoup de gain pour le pays d’encourager et soutenir l’activité théâtrale dans le pays. Juste un exemple : un enfant initié au théâtre est un adulte bénéfique pour son pays. Il n’est pas dit qu’il deviendra comédien. Mais c’est un enfant qui saura être à l’écoute. Il développera la patience, le goût et la culture du beau, le respect de l’autre, la ponctualité, la prise de parole et l’affirmation de sa personne, l’intérêt général. Et j’insiste, la culture du beau, cet enfant deviendra l’adulte qui ne jettera pas n’importe où dans la rue le papier qu’il tient en main. C’est pourquoi j’appelle de tous mes vœux la mobilisation de tous. C’est le pays qui gagnera in fine.

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