vendredi, 19 juillet, 2024
Art contemporain : Une première vente aux enchères d’œuvres d’art initiée en Côte d’Ivoire

A l’initiative de la plateforme Abidjan auction company (ABAC) présidée par le professeur Yacouba Konaté, une vente aux enchères d’œuvres d’art s’est tenue le jeudi 30 mai 2024 à la salle Chandelier du Sofitel hôtel Ivoire. Une grande première en Côte d’Ivoire qui a mis en vente une quarantaine de pièces (Tableaux, sculptures, tapisseries murales et photographies) en présence de professionnels, amateurs, passionnés et collectionneurs d’œuvres d’art.

 

Avec pour ambition affichée de mettre en lumière le génie créatif africain à travers le dynamisme de son art contemporain mais surtout permettre aux artistes-plasticiens de vivre de leur art, le professeur Yacouba Konaté a réussi son pari d’initier à Abidjan la première vente d’œuvres d’art. Toute chose qui selon son initiateur est parti du constat que la Côte d’Ivoire représente un important marché en Afrique. « En Afrique et dans la sous-région, la Côte d’Ivoire compte au nombre des pays les plus robustes aux plans politique, économique et culturel. Elle peut tabler sur un vivier de plusieurs centaines d’artistes de haut niveau, un réseau de galeries professionnelles, un fichier de collectionneurs informés et motivés, sans oublier tous les hommes d’affaires et les touristes qui apprécient la ‘’Ivorian way of life’’ », justifie-t-il non sans indiquer que « l’établissement d’une tradition de vente aux enchères soutiendrait la promotion et la reconnaissance des artistes et améliorerait les performances de l’économie de la culture en Côte d’Ivoire et en Afrique ».

Pour le président de la plateforme ABAC, cette vente aux enchères d’œuvres d’art qu’il a initiée est « la première étape d’un programme qui a vocation à s’installer dans le paysage culturel de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique créative ». Aussi, a-t-il situé les enjeux d’une telle initiative qui selon lui vise à faire profiter au maximum aux artistes contemporains dont les revenus en Afrique sont très faibles. « En 2022, sur les 67 milliards de dollars brassés par le marché mondial de l’art contemporain, un seul milliard se rapportait aux ventes d’artistes du continent africain. Sur ce pourcentage déjà dérisoire, seulement 10% des transactions avaient lieu sur le continent, notamment en Afrique du Sud, au Maroc et au Nigeria », a-t-il déploré.

Poursuivant, a-t-il invité les artistes à s’approprier cette plateforme qu’il a créée pour soutenir le dynamisme de l’art contemporain en Afrique. « Nous offrons aux amateurs et aux collectionneurs l’opportunité de remettre en marché sans intermédiaire des pièces de leurs choix. Au total, ce que nous recherchons, c’est le renforcement de la fluidité entre les différents acteurs du secteur de l’art sur une plateforme ouverte à l’ensemble des acteurs », a-t-il souligné.

 

Environ huit millions F Cfa d’achat effectués

Si les acteurs du secteur des arts en Côte d’Ivoire n’ont pas encore cette culture des ventes aux enchères d’œuvres d’art, ils ont toutefois bien réagi à cette grande première. Ainsi, au cours de la soirée, trois œuvres ont été vendues pour un coût total d’environ huit millions F Cfa. Des œuvres dont les prix vont de 400 000 F Cfa à plus de 5 millions F Cfa. Au nombre de ces œuvres, on compte une peinture de l’ivoirien Jacobleu. Une performance qui selon le critique d’art Henri N’Koumo est salutaire. « Ce second marché est un baromètre qui devait pouvoir rendre visible tout le travail que font nos professionnels des arts plastiques et visuels mais surtout renforcer le positionnement d’Abidjan comme une plateforme importante de la vie de l’art en Afrique de façon générale. Nous venons d’assister à un événement important parce que c’est la première d’une maison de vente aux enchères dans notre pays. Les résultats en termes de chiffres feront l’objet d’une amélioration au fur et à mesure du temps parce que le public également a besoin d’avoir une éducation dans le principe des ventes aux enchères. A ce jour, notre public principalement est habitué aux premiers marchés. Il faut donc construire solidement le second marché de l’art. J’ai bon espoir que ce second marché trouvera sa pleine plénitude très rapidement pour que l’ensemble du dispositif des arts et surtout les artistes puissent renforcer leur positionnement à l’international », a-t-il traduit.

 

Ces artistes-plasticiens ivoiriens dont les œuvres se vendent à plusieurs millions F Cfa

Depuis deux décennies, le secteur des arts visuels en Côte d’Ivoire connait un dynamisme. Toute chose qui profite à ses acteurs et surtout aux artistes-plasticiens dont la renommée a dépassé les frontières ivoiriennes. Au nombre des artistes les plus connus et surtout dont les œuvres se vendent a plusieurs millions F Cfa, compte-t-on, Aboudia, Ouattara Watts, James Houra, Samir Stenka, Pascal Konan, N’Guessan Essoh, Jacobleu, Yeanzi….Lors de cette vente aux enchères, une œuvre d’Aboudia a été mise en vente à 100 millions F Cfa, une autre de James Houra a 10 millions F Cfa quant ‘’Dames de grâce’’ d’Augustin Kassi se chiffrait à environ 9 millions F Cfa.

Ces prix affichés des artistes ivoiriens est selon Henri N’Koumo la conséquence logique de ce que ces créateurs ivoiriens ont pu s’adapter au marché. « Il n’y a pas d’œuvres chères ou moins chères en soi. C’est le marché qui donne une dynamique à la vie des œuvres et ce marché doit avancer avec sa propre logique. Quand Aboudia vend par exemple une œuvre à 100 millions F Cfa ou que d’autres vendent à des prix qu’on peut considérer comme étant élevés, c’est une réponse du marché », justifie-t-il non sans se réjouir de la performance actuelle des artistes ivoiriens. « Nous avons atteint un niveau que nos artistes sont appelés à le prolonger. Cela bien évidemment parce que nous avons des arts performants, compétitifs et des productions qui sont bien accueillies par le marché que ses œuvres-la atteignent ce sommet. C’est de bons augures pour la jeune génération qui est derrière et qui doit pouvoir s’inspirer des modèles existants. Surtout que le marché de l’art obéît a des règles, il faut une bonne discipline des artistes, une bonne culture de la vie des arts et c’est cet ensemble qui permet à ceux qui sont aujourd’hui les têtes de ponte à l’image d’Aboudia, Ouattara Watts, Yeanzi…de pouvoir tirer la machine ivoirienne vers l’avant », a-t-il témoigné.

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