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jeudi, mai 19, 2022
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Gbi 2 Fer confie : « Tant que le président de la République prendra des médecins et des personnes étrangères à la culture pour parler de la culture, on n’avancera pas »

Avec le verbe toujours tranchant qu’on lui connait, Gbi 2 Fer dissèque avec L’Avenir l’actualité du théâtre, de la culture et se prononce sur l’actualité politique du moment le retour de Laurent Gbagbo et le procès de Guillaume Soro. Le Burida et l’exil de Gadji Céli et Serges Kassy sont également au cœur de cet entretien

Cela fait un bon moment qu’on ne vous voit plus sur les planches, mais plutôt comme un blogueur, comme un activiste qui comment l’actualité sur un média. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Rien ne se passe. Nous sommes le Djely Théâtre d’Abidjan. Chaque année nous travaillons. Aucune année n’est passée sans que nous ne fassions de spectacles. Récemment, dans le mois d’avril, nous avons joué à l’Institut français d’Abidjan. Nous nous apprêtons encore à jouer au Palais de la Culture de Treichville. Pour dire que nous sommes toujours actifs. Toujours est-il que chacun a ses activités personnelles, et il y a les activités de la troupe. Nous travaillons même en ce moment sur la réalisation d’un téléfilm de 52 épisodes pour lequel nous préparons une conférence de presse pour bientôt. Vous savez, ce sont des financements sur fonds propres vu que nous n’avons pas un fonds d’aide en Côte d’Ivoire. C’est vrai que les contraintes financières sont là, mais cela ne nous empêche pas de donner au moins un spectacle de théâtre par an en Côte d’Ivoire.

Donc le Djely Théâtre vit toujours ?

Bien sûr que nous vivons toujours avec nos spectacles.

Dans le temps, il y avait une émission télé consacrée au théâtre où on voyait beaucoup Gbi 2 Fer. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Il s’agissait d’une émission télé où il fallait produire du contenu pour la RTI. Si je continue ce genre d’émission, obligatoirement on me verra. Mais si l’émission finit, on ne me verra plus. Si la RTI me sollicite, je serai là. Récemment, j’étais sur les antennes de la RTI pour l’émission C’Midi avec Joël et d’autres comédiens pendant 4 mois. Donc nous sommes là. Actuellement, nous travaillons encore sur un autre projet qui est une émission télé. Ce sera pour bientôt aussi sur les antennes de la RTI. Je n’ai pas de moyens pour acheter un espace afin de diffuser nos pièces. Donc si la RTI nous sollicite, on sera là.

De plus en plus, nous voyons des jeunes talents qui font plus de spectacles dans l’année. Tous ceux ceux-là ont dû vous avaler, vous les aînés…

Tout est une question de vision. Actuellement, je ne me sens pas avalé par qui que ce soit parce que mon programme de théâtre que je mets en place, je le respecte. Ils ont aussi leurs programmes. Chacun a sa place. Pour les jeunes, chacun fait son fait son One man show, ça aussi c’est leurs spécialités. Ça fait partie aussi des particularités du théâtre.

La relance du théâtre, vous y croyez ?

Oui, j’y crois beaucoup. Nous comptons faire le recensement des troupes pour créer un collectif afin de susciter des candidatures pour la présidence à la Fédération nationale de théâtre. Et moi-même je compte me présenter.

Quels seront vos arguments pour convaincre vos pairs de vous voter ?

Je compte organiser un concours national de théâtre et amener les entreprises à les accompagner. Créer une banque de données des troupes de théâtre et répertorier tous les festivals du monde entier pour que nos troupes puissent y aller. Créer également la compagnie nationale de théâtre avec de grandes figures. Nous avons la compétence ici sauf le soutien financier qui manque. Surtout amener le Chef de l’Etat à comprendre qu’il faut financer les entreprises culturelles. Le théâtre a besoin d’un budget annuel de cinq milliards F Cfa pour sa relance et nous le dirons au président de la République.

Vous estimez que le président de la République ne fait pas assez pour le théâtre ?

Le président, il faut qu’on lui parle. Quand on lui parle il écoute. Mais s’il n’y a personne pour lui dire quoi faire, il ne fera rien. Il a tout fait sur le plan international mais des choses peuvent lui échapper. La première réaction du président de la République à son arrivée au pouvoir a injecté plus de 300 millions F Cfa pour une tournée de la paix avec des artistes. Ce qui veut dire qu’il a de l’estime et de l’amour pour les acteurs culturels. D’ailleurs lorsque j’ai dit au Conseiller du président chargé de la Culture que je n’étais pas encore décoré, le Chef de l’Etat a aussitôt saisi la Grande Chancellerie pour que je sois décoré comme Officier dans l’ordre du mérite national. Il a encore donné une rente viagère de 300 000 F Cfa à des artistes qui ont atteint 60 ans, c’est bien tout ça. Mais, je dis qu’on peut aller au-delà en disant au président ce qu’il faut pour ne plus qu’on voit les artistes comme des mendiants. Il y a par exemple la copie privée qui peut permettre aux artistes de vivre de leur art. Si on lui explique tout ça, il comprendra et il s’alignera. Malheureusement, il a autour de lui des collaborateurs qui ignorent le domaine culturel. Tant qu’il prendra des médecins et des personnes étrangères à la culture pour parler de la culture, on n’avancera pas

C’est une pique que vous lancez à la ministre de la Culture ?

Non, pas du tout. Bien avant son arrivée au ministère, beaucoup d’artistes la sollicitaient déjà. Son époux faisait déjà beaucoup pour les artistes. Il a financé des artistes depuis des années et bizarrement c’est sa femme qui est devenue la ministre, lui qui est si bien connu de notre milieu. Pour dire qu’avant que Mme Harlette Badou Kouamé ne devienne ministre, elle avait déjà pour amis des artistes. Elle a été donc d’abord notre amie avant de venir travailler chez nous et à ce titre j’estime que la communication va facilement passer.

Comment expliquez-vous le fait que l’audit diligenté au Burida n’ait jamais dévoilé ses résultats ?

Pour moi, l’Etat doit repenser le Burida. C’est vrai que sous Mme Irène Vieira où j’étais administrateur, nous avions demandé un audit qui a dénoncé certains dysfonctionnements malheureusement cela n’a jamais été dévoilé au sein de notre Assemblée générale. J’avoue que c’était très difficile sous notre gestion. Je préfère qu’on ne regarde plus en arrière mais devant. C’est vrai, j’ai encore été reconduit au sein du Conseil de gestion et de restructuration pour travailler à éviter d’autres histoires dans la maison. Et mon avis est que tant qu’on fera des élections pour désigner des administrateurs au sein du Burida, on ne finira pas avec les histoires. Je ne peux pas comprendre que les nouveaux artistes ont la même voix que les anciens. Des gens qui ont juste un album ou qui ne produisent rien ou dont les œuvres ne peuvent même pas apporter 50 000 F Cfa au Burida, c’est lui qui va voter des administrateurs. Je trouve cela incohérent. Au niveau de la France, A’Salfo seul a droit à seize voix parce qu’il apporte mais ici des gens qui ne produisent pas sont soutenus par leurs amis qui ne produisent pas également et ils deviennent des administrateurs. Je me dis qu’il nous faut quelqu’un comme A’Salfo pour nous expliquer le bon fonctionnement d’une maison de gestion de droit d’auteur. Mais tant qu’on se pressera pour aller aux élections, les palabres ne finiront jamais. L’Etat de Côte d’Ivoire doit mettre en place une autre façon de désigner les administrateurs du Burida.

Justement, votre mandat au Burida au sein du Comité de gestion a pris fin depuis plus d’un an mais vous avez demandé une autre rallonge. Cela n’est-il pas de trop ?

Non, ce n’est pas de trop. En son temps, on avait donné six mois à Léonard Groguhet et son équipe mais ils sont allés jusqu’à quatre ans.

Et c’est ce que vous comptez faire vous aussi ?

Ce n’est pas forcément ça. Nous sommes arrivés là suite à crise dans la maison et notre mission était de repenser et revoir les textes qui régissent l’institution. Dieu merci, nous avons travaillé au sein des commissions qui ont fini leur travail. Après, nous avons rendu à la ministre nos travaux lors d’un atelier à Jacqueville qui elle est chargée de les acheminer au gouvernement pour l’inscrire au Conseil des ministres. Notre mission prendra donc fin après validation par le président de la République.

Comme quoi la fin de votre mandat n’est pas pour maintenant ?

Le problème ne dépend pas de nous. On a fini notre part. Et comme je vous le disais plus haut, c’est le président de la République qui a le dernier mot. Pour dire que la fin de notre mandat ne dépend pas trop de nous. Que les gens ne se pressent pas car il y a beaucoup de boulot à faire. Le ministre nous a demandé d’effectuer un travail de sorte à ce qu’il n’y ait plus de crise au Burida et c’est ce que nous faisons.

Gbi 2 Fer n’est pas seulement qu’homme culturel puisque ces derniers temps, il s’essaie à l’analyse politique. Quel est donc votre commentaire sur le retour de Gbagbo à Abidjan ?

J’apprécie et je suis très content du retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire. J’étais peiné de voir l’un des nôtres en prison hors du pays alors que nous sommes tous au pays. C’est vraiment gênant et peinant de le voir loin de nous. Pour nous qui sommes des humanistes, on ne supporte pas cette situation. Dieu merci, tout est rentré dans l’ordre et le président Alassane Ouattara a donné l’ordre à Gbagbo de venir quand il veut. Et Gbagbo est rentré jeudi. Il y a du monde qui l’a accueilli et cela a procuré beaucoup de joie dans le pays. A Yopougon où je vis, j’ai pu voir comment les populations étaient heureuses de le savoir à Abidjan. Et le lendemain, chacun a vaqué à ses occupations. Je suis vraiment content du retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire.

L’un de vos amis, Guillaume Soro, se retrouve toujours en exil alors qu’il est condamné en Côte d’Ivoire…

Selon ce que j’ai appris, il est reproché à Guillaume Soro des tentatives de coups d’Etat. Vrai ou faux, je ne suis pas juriste. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je demande à la justice de vite faire le travail pour situer les responsabilités afin d’éclairer l’opinion nationale et internationale de sorte à ce qu’on sache si Soro est coupable ou non. Si c’est vrai et prouvé, il va subir la rigueur de la loi. Mais si cela n’est pas le cas, qu’il soit libre de rentrer en Côte d’Ivoire comme il le veut. En son temps, Gbagbo avait demandé qu’on le condamne s’il était coupable mais finalement il a été acquitté et est rentré tranquillement. Je ne peux pas accepter que dans ce pays, des individus mettent en mal la quiétude des Ivoiriens. Je suis fatigué. Parce que des gens veulent un poste, ils troubler la quiétude des Ivoiriens, j’en ai marre. Sinon qu’est-ce qui est grave en Côte d’Ivoire au point qu’on fasse des coups d’Etat et des rébellions ? Je n’ai jamais supporté tout ce qui est rébellion. J’ai été le premier artiste à aller pendant la rébellion de 2002 à Bouaké et j’ai même dit à Soro que je n’étais pas content d’eux parce qu’ils ont pris des armes. J’ai encore refusé de soutenir Guéï Robert et j’ai pris fait et cause pour Gbagbo parce que je ne pouvais pas soutenir un militaire. Ma logique est que je peux être ton ami certes mais ton ambition ne doit pas m’empêcher de vivre.

Comment expliquez-vous le fait que certains artistes comme Gadji Céli, Serges Kassy soient toujours en exil pendant que Gbagbo est rentré à Abidjan ?

Gadji va rentrer, nous sommes en contact. D’ailleurs, il n’y a plus de raison pour ces artistes de dire qu’ils sont en exil parce que Ouattara serait à leurs trousses. Du moment où la personne directement concernée, Gbagbo Laurent, est rentré en fanfare, il n’y a donc aucune raison qu’un artiste reste en exil. Celui qui se retrouve toujours exil malgré tout cela, c’est que c’est pour une autre raison. En même temps aussi, je les comprends parce que quand ils arrivent, ils logent où et vivent comment ? Peut-être que la maison de Gadji a été pillée pendant la crise donc il fera comment une fois sur place ? C’est pour cela que je ne veux pas qu’on voit ces artistes encore en exil sur le plan de la défiance mais certainement une question de survie. Cependant, nous estimons qu’avec le Burida, si nos frères ont vraiment en esprit de revenir et qu’ils posent des problèmes matériels, nous allons trouver des solutions. Je pense que la ministre et le Burida pourront les aider à se réinsérer une fois au pays.

Si vous deviez livrer un message au président de la République, ce serait lequel ?

Nous sommes quelque peu oubliés par l’Etat de Côte d’Ivoire. L’Etat ne nous prend pas en compte et ce n’est pas bien. Je souhaite donc que le président de la République nous appelle et nous écoute. Il ne faut plus que les gens qui n’ont rien à voir avec notre métier décident à notre place. Que le président de la République comprenne que la culture est un vecteur économique. Si le Nigeria est devenu la première puissance économique en Afrique, c’est grâce à la culture. La Côte d’Ivoire a les meilleurs acteurs dans ce sens mais il faut seulement des infrastructures. Alors qu’avec un budget de 20 milliards F Cfa, tous les secteurs culturels vont éclore et ce n’est pas cette somme que le président Alassane Ouattara qui a des amis Saoudiens et partout dans le monde ne peut pas donner. 

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