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jeudi, mai 19, 2022
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Portrait : A la découverte de la styliste Momo Che qui a organisé le premier défilé à la Maca

Totalisant près de vingt ans de carrière professionnelle dans la couture, Momo Che se place comme l’une des valeurs sures de la mode ivoirienne. Discrète et très effacée, cette styliste dont la particularité est d’habiller et rétablir la confiance chez les femmes rondes et fortes est la première couturière à faire un défilé à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) avec comme mannequins des prisonniers. Axée dans la formation, Momo Che se veut à la fois coache et psychologue vestimentaire. Avec une marque qui s’affirme et met en valeur les femmes rondes et fortes.

Quand la mode devient un héritage et une passion

A l’état civil, Sanogo Man, Momo Che est une passionnée de mode. Toute petite déjà, elle s’approprie cet héritage familial. Où en lieu et place des jouets classiques comme les poupées en cadeaux pour les filles de son âge, elle reçoit des machines à coudre. Toute chose qui va davantage renforcer son envie de s’intéresser à la couture. C’est toute heureuse et fière qu’avec sa machine, elle confectionne des robes pour ses enfances. Et finalement, cette passion prendra le dessus sur l’école. Elle se verra obligée donc d’arrêter les cours pour se consacrer à sa passion. Cependant, refuse-t-elle qu’on dise d’elle que c’est parce qu’elle a échoué à l’école qu’elle a choisi la voie de la couture. « Ce n’est pas parce que j’ai échoué à l’école que je suis venue à la couture. Moi, je partais déjà à l’école et j’avais ma machine. Lors des fêtes de noël, mes cadeaux étaient des machines à coudre en lieu et place des poupées qu’on offrait aux filles de mon âge. Je confectionnais même des tenues pour mes amies. La couture, c’est par passion et c’est inné. Et comme cette passion prenait le dessus, je m’y suis consacrée pour en faire un métier », défend-t-elle non sans indiquer qu’elle va intégrer une école de haute couture pour peaufiner son art.

Début d’une carrière professionnelle

La formation professionnelle terminée, Momo Che s’installe à son propre compte en 1995. A force de travail, elle finit par professionnaliser sa passion en 2002. Dès lors, enchaine-t-elle performances et prouesses dans un univers fortement marqué par plusieurs talents de renom. Tout s’accélère pour elle et la même année de son entrée dans le monde professionnel, elle son décroche son premier grand défilé au Festival international de la mode en Afrique (Fima) au Niger. Avec son doigté et ses coupes particulières beaucoup plus portées vers les femmes fortes et rondes, Momo Che se fait rapidement un nom. Depuis, elle compte à son actif plus d’une trentaine de défilés. Même si elle reconnait que les couturiers comme Pathé’O, Gilles Touré et autres grands ciseaux de la haute couture ivoirienne se sont imposées, Momo Che dit faire partie des meilleurs en Côte d’Ivoire. A la seule différence qu’elle n’aime pas communiquer sur sa personne mais plutôt sur ses créations. « Quand on parle de Gilles Touré, Pathé’O, on parle aussi de Momo Che et tous ceux qui sont dans la mode le savent. En toute humilité, je n’arrive pas à mettre en avant ma personne, je préfère plutôt qu’on voit plus mon œuvre que ma personne d’où ma discrétion et tout le mythe autour de moi », argue-t-elle.

Ce qui fait sa différence 

La couture selon Momo Che dont le nom est le diminutif de Mohamed Cheick (le nom de son fils) est toute une science et un art consistant à soigner ses clients. Se définissant comme une psychologue ou coache vestimentaire, la styliste établie à la Riviera 2 dit œuvrer à la valorisation de la femme. « Je valorise le corps de la femme. Je mets en relief toutes les potentialités de la femme. Quand la femme porte mes vêtements, elle suscite forcément des regards autour d’elle. Je veux toujours qu’on crie toujours ‘’Wahou’’ quand on voit mes créations sur quelqu’un. Je n’aime pas que ceux qui portent mes créations passent inaperçus », justifie-t-elle. Habilleuse officielle des Awoulaba depuis plus de trois, Momo Che dit soigner les femmes fortes et rondes par sa couture et ses coupes. « En Afrique du Sud, il y a quatre ans de cela, j’ai eu le premier prix grand lors d’un festival de mode devant 30 pays. J’avais présenté mes trois dernières collections avec 40 tenues pour les femmes fortes. Du coup, je suis devenue une spécialiste de personnes fortes », se réjouit-elle relevant qu’elle aime habiller ces dames « pour leur enlever ce complexe de quitter les boubous et être toujours chics et classes ». « J’aime les mettre en confiance », insiste-t-elle. Si le pagne et les tissus restent ses matériaux de prédilection, elle adore cependant travailler et mettre en valeur les pagnes tissés ivoiriens à qui elle met une valeur ajoutée. D’ailleurs, brandit-elle, avoir été l’une des premières stylistes en Côte d’Ivoire à intégrer dans les défilés des femmes rondes et fortes avec en prime des tenues en pagne tissé. « Lorsque je commençais mes défilés, j’aimais plus les filles en chair que les mannequins classiques. J’aimais bien les habiller contrairement à certains couturiers qui n’aimaient pas travailler avec ce genre de personnes. Je suis l’une des premières couturières à mettre en valeur les femmes fortes et rondes. Je suis la personne qui maitrise les femmes fortes », se targue-t-elle.

Un défilé à la Maca avec des prisonniers

Très attachée au social et à l’humanitaire, la styliste va réaliser en 2010 l’un de ses plus beaux rêves. A savoir faire défiler des prisonniers de la Maca. Toute chose qu’elle réussit bien au cours d’un défilé au cours duquel assistent de célèbres pensionnaires célèbres dont Tapé Do et Éric Didia. « Je les ai fréquentés pendant trois mois, on a travaillé sur le moral, le mental, l’acceptation de leurs situations et le regard des autres. On a formé au final une famille. En ce moment, Tapé Do et Roro (Éric Didia) qui séjournaient à la Maca étaient nos invités d’honneur. C’était une très belle fête. Les pensionnaires étaient les mannequins. J’étais la seule à l’avoir fait. On devait faire le tour des prisons du pays malheureusement avec la crise on n’a pas pu continuer », confie-t-elle.

Léguer et partager sa connaissance

En plus de ses collections qu’elle prépare, Momo Che se donne du temps pour partager et léguer sa connaissance. Avec son centre de formation et de perfectionnement, elle apprend en six mois les rudiments du métier à toutes ces personnes désireuses de faire de la couture leur métier. « Nous faisons des formations par module d’au moins trois à six mois pour des personnes ayant appris sur le tas mais qui n’ont pas la base. Nous leur apprenons les tracés, à corriger les erreurs sur les tenues et leur donnons les techniques nécessaires. En moyenne, on forme au moins 50 personnes par module et par session », indique-t-elle. Avec l’Unesco également, elle forme des jeunes filles à s’insérer dans le tissu social. « C’est une passion que j’aime partager avec ceux qui ont l’amour du travail mais qui n’ont pas forcément les personnes habilitées pour les former. J’ai ma particularité et c’est ce que je partage aux autres, cette finesse dans le travail. J’ai l’amour du travail bien fait. Nous faisons pour la plupart du bénévolat », témoigne-t-elle. 

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